Packet: Souvenirs, souvenirs

Je vous parle d’un temps que les moins de 15 ans ne peuvent pas connaître ! Quinze années, cela nous renvoie à 1994, année d’avènement de l’internet pour le « grand public » (initié).

Avant que l’internet n’en signe l’arrêt de mort, les radioamateurs s’étaient lancé dans une formidable aventure collective: Le réseau packet-radio. C’était une aventure formidable, une occasion unique d’étendre nos connaissances sur tous les plans (depuis l’humain jusqu’à la technique réseau, en passant par la radio bien sur).

Souvenirs en vrac pour les anciens, découverte pour les plus jeunes…

– A la base, il y avait un réseau physique. Des émetteurs-récepteurs, des antennes, des fréquences, des « modems ». Des fréquences pour les utilisateurs, des fréquences pour la communication entre les « cellules » du réseau. Des fréquences à négocier entre voisins (même les plus tarés). Voyez quelques cartes de réseau, par exemple Montpellier, le Sud-Ouest, FCEN-FPOC, ou lisez ce point sur le réseau « Provence » ou sur les systèmes installés à Lyon). Des « modems » aussi. Pour les utilisateurs, les TNC (qui comportaient leur propre intelligence, comme les TNC2 ou PK232), que l’utilisateur devait paramétrer en leur envoyant des commandes aussi nombreuses que cryptiques) laissèrent ensuite la place aux simples modems, dont l’intelligence était déportée dans le PC (les « Baycom »). Côté réseau, les PC restaient le point faible et on leur préférait souvent du matériel « en dur » (RMNC par exemple). Ce catalogue avait de quoi faire rêver, mais faute de fonds suffisants, les systèmes réels tournaient la plupart du temps sur du matériel de récup, bien plus modeste.

– Sur ce matériel tournaient des « nodes ». Aujourd’hui, on dirait des « routeurs ». Pas très intelligents au début (TheNet), puis prenant en charge le transport d’un point à un autre. Avec des routages hiérarchiques fixés (FPAC) ou mieux, dynamiques et adaptatifs (FLEXNET). Aux grand jours, le réseau FLEXNET permettait par exemple de se connecter en direct jusqu’en Allemagne, depuis Montpellier. Le débat faisait rage, et pour suivre, connaissance impérative de l’AX25 ! Le moindre « bit » était débattu, par exemple pour gérer les accès multiples (CSMA, BTMA.. DAMA) et éviter les congestions.

– Sur ce réseau de transport tournaient des applications. Des BBS bien sur, le fameux serveur FBB. Il permettait d’échanger des messages d’un bout à l’autre de la terre en quelques jours. Des messages privés, mais aussi des « bulletins ». Côté utilisateur, le serveur diffusait en trames « unproto » la liste des messages arrivés. Les utilisateurs pouvaient utiliser des lecteurs « hors ligne » comme le fameux TPK pour rapatrier les messages à la maison et les lire (et y répondre) sans encombrer la fréquence. Cela avait aussi l’avantage de les transférer les messages « compactés », donc illisibles, sinon tout le monde voyait vos messages perso défiler sur l’air ! De l’autre côté, les serveurs acheminaient les messages de voisin en voisin, selon des tables de routages définies manuellement par les SYSOP, sur des fréquences dédiées et en mode compressé lui aussi. Ce « forward », dans les cas les plus délicats (liaisons intercontinentales), pouvait avoir lieu en décamétrique, ou bien par l’un des satellites packet amateurs !

Mis à part la messagerie, les serveurs FBB proposaient d’autres services, comme des bibliothèques de logiciels. Elles étaient accessibles à distance par messagerie interposée, grâce à des services de « découpage/encodage à la demande » genre AUTO7P!

Il y avait aussi des clusters, qui fonctionnaient sur ce réseau. Les utilisateurs y envoyaient leurs bons tuyaux DX. Transmis de proche en proche à 1200bps, avec des erreurs, des engorgements et autres aléas, inutile de préciser qu’une info venant de loin mettait quelques minutes pour arriver chez vous !

Tout cela a disparu aujourd’hui. Les clusters perdurent sur l’internet, les messageries ont été remplacées par l’email, le réseau packet s’est arrêté d’autant plus vite que l’arrêt d’un node condamnait son voisin. Les fréquences sont muettes. L’intelligence du défunt réseau est remplacée par les affres du transport en mode « non connecté » de l’APRS.

Faut-il le déplorer ? Je ne pense pas que les radioamateurs avaient vocation à maintenir un tel système. Notre rôle est expérimental, et nous avons donc expérimenté ! Dans tous les domaines, avec beaucoup de plaisir et autant de bons souvenirs !

3 Comments

  1. Effectivement que de souvenirs… et que dire des premières expérimentation ASCII effectuées sur Paris avec les copains dans les années 80 avant le packet radio (?)

    73’s F6HCM
    ex sysop F6HCM-8, F6HCM-2 node sur le dépt. 70

  2. Evidemment, tu te doutes que j’allais écrire 😉
    Les réseaux ne sont pas tout à fait morts même si comme tu le dit ce n’est plus ce que c’était.

    Je remarque d’ailleurs un petit parti pris pour le mode flex qui n’était pas partagé par tout le monde ;-). Sans parti pris, les deux systèmes avaient des avantages et des inconvénients.

    Les systèmes « actuels » (ils ne sont pas neuf quand même… l’aprs a au moins 10 ans…) permettent de nouveaux modes de communication. Ajout de la situation géographique, messages textes, prédictions satellites qui nous permettent de faire des qso sur les oiseaux depuis la coiture dans les bouchons…

    Linux implémente toujours dans les noyaux AX25 (voir mon blog).
    Bernard, F6BVP est l’un des principaux acteurs !
    Les noyaux 2.6 implémentent de nouvelles fonctions, de nouveaux modems…

    L’aventure continue mais autrement… C’est moins populaire, c’est moins facile aussi…

    tu remontes un node et on se linke ? chiche !

    f8Arr
    ps : pour nos touristes l’été sur Bordeaux et les autres aussi, Cluster et APRS sur 144.800, 145.275, 433.775..

  3. FlexNet je reste fidèle à un produit qui se base sur un parent proche du RIP mais en se basant sur le cout de la liaison ce qui devrait etre encore plus pres de l’OSPF sans la notion d’aire … la ou l’autre est statique encore est tjrs

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